Minou, 29 ans – Tokyoïte depuis 5 mois

À l’origine, Minou* est l’amie d’une connaissance qui nous a mises en relation il y a quelques mois, car elle prévoyait de venir à Tokyo pour y travailler en tant que chef. Finalement Minou s’est installée dans notre maison et nous avons un peu vécu ensemble. Le hasard fait qu’elle est iranienne (mon père est iranien) et absolument géniale. Nous sommes rapidement devenues très amies !

* Oui c’est son vrai prénom, ça veut dire « paradis » en persan

Quand es-tu arrivée à Tokyo ?

Je suis arrivée le 30 janvier 2017 pour un PVT d’un an.

・Pourquoi avoir choisi de faire un PVT au Japon ?

Quand j’étais petite, deux de mes oncles ont vécu au Japon, j’avais donc beaucoup entendu parler du pays et j’avais envie d’y vivre ma propre expérience. Je trouve que même si la culture japonaise s’est bien exportée, elle reste assez mystérieuse. Par exemple on connaît les sushis, mais on n’a pas vraiment accès au reste de la gastronomie japonaise pourtant très riche. On a l’image d’un pays très moderne, mais on entend plus rarement parler de sa nature brute et magnifiquement préservée. L’histoire du Japon aussi me fascine, ce passage rapide d’un empire colonial à une société capitaliste.

Est-ce que tu as obtenu ton PVT facilement ?

Je l’ai eu en cinq minutes ! J’avais pris une semaine pour boucler mon dossier (lettre de motivation, CV, programme). J’ai un peu tout fait à la dernière minute, mais j’avais confiance.

Pour quel type de billet d’avion as-tu opté ?

Une fois mon visa obtenu, j’ai pris un billet avec la compagnie Turkish Airline. J’ai préféré l’aller simple à l’aller-retour parce que je ne savais pas comment l’année allait se dérouler et je voulais rester libre de mes mouvements.

D’où viens-tu ?

Je suis une déracinée : je suis née en Iran, puis j’ai vécu dans quatre pays différents avant d’arriver en France à dix ans. Après avoir vécu à Paris de nombreuses années, j’avais soif de découvertes. J’ai beaucoup de mal à rester au même endroit trop longtemps, j’ai besoin de me sentir libre de traverser le temps et les espaces. Ça tombe bien, j’ai la chance de pouvoir pratiquer mon métier partout dans le monde !

Ton métier justement, tu peux nous en parler ?

Je suis cuisinière, pâtissière, gourmande, chef, je fais à manger de manière professionnelle, bref je fais de la bouffe ! Après une formation en langues qui me destinait à devenir traductrice, j’ai eu envie de suivre ma voie et de me former à la pâtisserie. Mon ascension professionnelle a été fulgurante, en trois ans je suis devenue chef aux Pères populaires, un restaurant parisien où l’on cuisine des produits frais. Après cette expérience je me sentais prête à relever de nouveaux défis !

Qu’est ce que tu penses de la cuisine japonaise ?

Je suis aussi venue au Japon pour mon métier, parce que je trouvais la cuisine traditionnelle japonaise passionnante et que je sentais qu’il y avait plein de choses à découvrir, aussi bien au niveau des ingrédients que des techniques utilisées. Mais sur cet aspect j’ai été un peu déçue, les professionnels qui respectent la tradition sont de plus en plus rares, les savoir-faire se perdent au profit d’une cuisine plus pratique ou à l’occidentale.

As-tu trouvé du travail facilement en arrivant ?

J’avais sécurisé un emploi dans restaurant avant de partir. À l’arrivée, j’ai eu une très mauvaise surprise, je me suis retrouvée face à une personne malhonnête et je ne suis pas restée dans son restaurant très longtemps. Après cette première expérience, la chance a tourné et j’ai rencontré les bonnes personnes qui m’ont aidée à retrouver un poste. Je sais que je pratique plutôt bien mon métier et que ça aide, mais je ne pense pas que ce soit bien compliqué de trouver du travail en cuisine au Japon, même sans parler le japonais.

C’est comment de travailler avec des Japonais ?

Vaste question ! J’évolue dans une grande équipe, composée majoritairement de Japonais et de quelques étrangers. Au début je me suis pliée aux règles en vigueur : respecter la hiérarchie, garder mes réflexions pour moi. Puis je me suis rendue compte que les Japonais n’hésitaient pas à consulter l’avis des étrangers, j’ai donc rapidement retrouvé ma liberté de parole. Je ne sais pas si c’est le cas dans toutes les cuisines, mais dans mon équipe les Japonais sont curieux, ouverts d’esprit, très impliqués et d’une impressionnante motivation, c’est donc agréable de travailler avec eux. J’ai tout de même remarqué que certaines personnes, notamment en bas de l’échelle hiérarchique, ne sont pas très indépendantes et font rarement preuve d’initiative.

Est-ce que tu parles japonais ?

La plupart du temps je parle anglais, l’étendue de mon vocabulaire japonais se résume à « compost », « derrière toi » et « c’est délicieux » (rires). Contrairement à ce que l’on m’avait dit, on peut parfaitement se débrouiller à Tokyo avec l’anglais !

Où habites-tu à Tokyo ?

Après avoir habité à Sasazuka dans le quartier hyper-central de Shinjuku, j’ai vécu un peu à Kakio, un coin paisible dans la campagne de Kanagawa, à une heure de Tokyo. C’était charmant, j’ai beaucoup aimé y entendre les oiseaux le matin et prendre le temps de regarder les salades pousser dans les champs autour de l’appartement. Puis je suis retournée vivre dans le centre près du parc Shinjuku Gyoen où je n’avais quasiment plus besoin de prendre les transports en commun. Chaque logement a ses avantages et ses inconvénients, il faut choisir ses priorités.

J’ai cru comprendre que tu avais laissé ton copain en France, comment se passe la relation à distance ?

Effectivement, on s’est rencontrés quelques mois avant que je ne parte et on a tout de même choisi de se lancer dans une relation sérieuse. Évidemment ça n’est pas facile parce que l’on est dans deux réalités différentes (il est resté dans son quotidien, tandis que je vis l’aventure) avec un décalage horaire lourd. Mais, on arrive quand même à se débrouiller, on se parle beaucoup au téléphone, on fait des projets et on s’accroche à l’idée de pouvoir enfin vivre notre relation dans un futur proche.

As-tu un abonnement téléphonique japonais ?

Oui, j’ai pris l’abonnement le moins cher de Docomo. Je paye quelque chose comme 2000 yens par mois pour quelques Giga-octets d’internet.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans la vie à Tokyo ?

La découverte ! J’aime aller au restaurant et goûter de nouvelles choses. J’aime aussi être surprise par la ville en découvrant des temples cachés comme Gotokuji ou des quartiers calmes et pas très touristiques comme Yanaka. Il y a plein de choses à voir, je ne m’en lasse pas, je dévore la vie. Jusque là je dois dire que j’ai eu beaucoup de chance, j’ai fait de très belles rencontres, je me suis laissée porter, les choses se font naturellement, le rythme est agréable, ni rapide, ni trop lent, à la japonaise.

Et qu’est-ce que tu aimes moins ?

Je n’aime pas être dans le métro aux heures de pointes, il est trop bondé. Mais je n’aimais déjà pas ça à Paris !

Qu’est-ce que tu penses des Japonais ?

D’un côté j’ai rencontré des gens extraordinaires avec qui je partage plein de choses, qui m’apportent énormément et j’en suis très reconnaissante. De l’autre, je trouve que certains Japonais sont de faux respectueux qui surjouent la politesse et ont des comportements fourbes. C’est compréhensible, puisque culturellement ils sont obligés d’être courtois et de garder leurs opinions pour eux. Mais personnellement j’ai beaucoup de mal avec ça, j’ai toujours préféré le naturel et le choc frontal.

Si tu avais un lieu à Tokyo à conseiller aux lecteurs du blog, où est-ce que tu les enverrais ?

Je les enverrais au marché d’Aoyama pour acheter des fruits et légumes bio le dimanche matin ou déjeuner le midi, puis je leur proposerais de continuer la promenade jusqu’à Meiji-Jingu en passant par Shibuya, avant de se reposer dans l’un des parcs fleuris de la ville (Yoyogi et Shinjuku Gyoen étant les plus proches).

Un message à faire passer avant de se quitter ?

Voyagez, ça fait grandir !  J’ai appris qu’il fallait rester ouvert parce que tout change perpétuellement et que chacun a des attentes différentes qui peuvent aussi évoluer au cours du voyage. Quoi qu’il arrive on revient toujours de voyage plus riche et les rencontres que l’on fait sur la route nous suivent pour le reste de notre vie si on sait les choyer. On vit dans un monde où l’on peut facilement circuler, se connecter, partager nos expériences, on jouit d’une liberté incroyable, c’est la force de notre génération, pourquoi dire non à ça ?

Vous pouvez suivre Minou dans ses aventures (et baver devant certains de ses plats) sur son compte Instagram : https://www.instagram.com/minousabahi/

Travailler comme chef dans un restaurant à Tokyo, JaponMinou et son équipe internationale

 

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2 réponses sur « Minou, 29 ans – Tokyoïte depuis 5 mois »

    1. Merci d’avoir pris le temps de lire l’article et de me laisser un gentil commentaire, ça me fait bien plaisir ! Oui le Japon c’est assez loin géographiquement et culturellement de nous, du coup je suis assez d’accord sur le côté mystérieux dont parle Minou. On a beaucoup d’idées reçues sur le pays et, à l’inverse, il y a aussi beaucoup de choses dont on entend jamais parler. Franchement après avoir bien pris le temps de le découvrir, je ne peux qu’encourager tous les gens que je rencontre à s’y intéresser et, si possible, à le visiter, il regorge de trésors !

      Aimé par 1 personne

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