Gaël, 35 ans – Tokyoïte depuis 2 ans

Gaël est photographe de mode. Quand je l’ai rencontré, il vivait à Londres en colocation avec l’un de mes très bons amis. Il s’est ensuite installé à Tokyo où je l’ai retrouvé à mon arrivée il y a un peu plus d’un an.

Quand es-tu arrivé à Tokyo ?

Je suis arrivé en octobre 2014, à l’origine j’étais juste en vacances, mais j’ai eu un tel coup de cœur pour les gens que j’ai rencontrés et pour le pays que j’ai décidé d’essayer de rester. Niveau professionnel, je venais de Londres où c’est très compliqué pour un photographe étranger de travailler sur des projets payés ; en comparaison, travailler à Tokyo me semblait plus simple !

Pourquoi avoir choisi de visiter le Japon à l’origine ?

J’avais un groupe d’amis japonais à Londres, ils m’avaient donné envie de connaître leur pays. C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai rencontré autant de monde à Tokyo. Les Japonais qui vivent à l’étranger dans les grandes villes comme Londres, Paris ou New-York sont comme une grande famille. Ils s’entraident parce que bien souvent, ils ne parlent pas trop la langue locale.

Comment es-tu resté ?

J’ai repoussé mon départ deux fois : la première fois pour deux semaines, parce qu’on m’offrait l’opportunité de participer à trois shooting pour des magazines ; la seconde fois pour un mois et demi parce qu’on me proposait d’échanger un appartement contre ma chambre à Londres. À Noël 2014 j’avais signé avec une agence de photographes. Ça a été possible grâce à l’ami d’un ami qui a présenté mon portfolio aux bonnes personnes.

Tu as eu un visa facilement ?

Ça s’est fait un peu bizarrement : l’agence n’avait jamais sponsorisé de visa, ils ne savaient pas trop comment faire, je les ai guidés. J’ai signé un contrat et six mois plus tard j’avais un visa d’artiste de trois ans. Ça a pris un peu de temps, mais comme j’ai pu commencer à travailler tout de suite, ça n’a pas vraiment été un problème pour moi.

En quoi ça consiste photographe de mode à Tokyo ?

Je suis photographe, un peu vidéaste mais surtout directeur artistique. Ça signifie que je propose des idées créatives à mes clients (marques, magazines, musiciens) sur la base de photos et/ou de vidéos. La plupart de mes clients sont japonais, j’en ai rencontré certains grâce à mon agence, mais la majorité de mes projets je les ai obtenus par mon réseau (soirées networking, bouche à oreille). Quand on veut être photographe à Tokyo il faut avoir un bon réseau. Les Japonais ne prennent pas de risques, ils ne travaillent que sur recommandations.

Mais au fait, d’où viens-tu à l’origine ?

Je suis Belge, je viens de Bruxelles, mais j’ai passé un peu plus de cinq ans à Londres avant de m’installer à Tokyo.

Comment tu t’es organisé pour tes affaires ?

Comme je suis d’abord parti au Japon en vacances, j’avais juste une valise. En 2014, quand je suis rentré à Bruxelles pour Noël j’ai récupéré d’autres affaires. En réalité, comme j’avais vécu en colocation à Londres, la plupart de mes meubles étaient déjà stockées dans le grenier de mes grands-parents à Bruxelles.

Où habites-tu à Tokyo ?

J’habite à Sangenjaya (connu aussi sous le nom de « Sancha »), un quartier pas trop loin de Shimokitazawa, très connu des Japonais pour ses bars et ses restaurants un peu rétro. J’ai emménagé dans un appart de 60m2 avec ma copine il y a 6 mois.

Combien payez-vous de loyer par mois ?

On paye environ 1100€ (ça varie parfois en fonction de la fluctuation du Yen) auxquels on ajoute 100€ environ pour les charges (électricité, eau, internet). On a dû payer environ 3300 € de frais d’entrée aussi (les frais d’agence, le dépôt et la garantie locative) et on devra repayer l’équivalent d’un mois de loyer de frais tous les deux ans. On est passés par Suumo, la plus grande agence immobilière japonaise. Les prix y sont plus intéressants qu’ailleurs, mais quoi qu’il arrive il faut être accompagné dans ses démarches par un japonais (ma copine en l’occurrence) ou quelqu’un qui parle bien japonais. En gros je dirais qu’en étant un couple mixte on a eu accès à 30% des appartements en moins qu’un couple de japonais mariés.

Ta copine est japonaise ? Comment tu l’as rencontrée, comment ça se passe ?

Je l’ai rencontrée à un anniversaire organisé par des amis. On a eu un coup de cœur réciproque. On a pris notre temps et appris à se connaître pendant un an : au début on ne se voyait que de temps en temps, chacun avait son appartement, puis comme on était bien ensemble, on a décidé d’accélérer un peu les choses en vivant ensemble.

Ça change quelque chose d’être avec une japonaise ?

Je trouve ça génial d’être en couple avec une femme qui vient d’ici, ça m’aide à me sentir connecté à la ville, intégré. Au quotidien c’est intéressant parce qu’on a pas la même culture, ni la même éducation donc j’apprends sans cesse. Elle est dévouée, dans l’observation, très subtile, j’ai dû apprendre à la comprendre sans poser trop de questions. J’ai de la chance, c’est une fille simple, naturelle, on se retrouve là-dessus. Je me dis que si elle est avec moi c’est aussi parce qu’elle est curieuse, qu’elle a envie de voir autre chose, de voyager et donc on se retrouve sur pas mal de points. Au niveau de la langue au début elle ne parlait pas trop anglais et moi encore moins japonais ; elle a appris l’anglais très rapidement pour nous permettre d’échanger, ça m’a aussi boosté pour apprendre le japonais, même si je vais un peu moins vite. Au final on parle 90% du temps en anglais et on se comprend bien.

Justement, quel est ton niveau de japonais ?

J’ai un niveau assez spécial parce que je ne suis pas allé à l’école, je connais surtout les mots qui m’intéressent vraiment pour mon boulot, ceux pour me présenter et donner ma carte de visite. Je connais aussi le vocabulaire des sorties, je peux commander au restaurant sans problème. Je peux faire un monologue, en revanche je ne suis pas très à l’aise quand il s’agit de répondre à des questions que je ne comprends souvent pas. Pour apprendre j’utilise « Nihongo fun & easy »  un livre en anglais et l’application mobile « dr. Moku » pour les Hiragana et Katakana (syllabaires japonais). Sinon je note les nouveaux mots que j’apprends sur mon bras pour les avoir sous les yeux et j’essaye de les mémoriser.

Des blogs/comptes Instagram à nous conseiller ?

Le compte Instagram des hommes d’affaires saouls de Shibuya* : Shibuya Melt down. Ça montre un autre visage de Tokyo, un côté plus sombre que les touristes ne connaissent pas forcément.

* Certains Japonais consomment des grosses quantités d’alcool en sortant du travail pour décompresser et se retrouvent parfois dans des états assez spectaculaires. Shibuya est l’un des quartiers où les tokyoïtes aiment se retrouver pour sortir et/ou faire la fête.

As-tu un abonnement téléphonique japonais ?

Oui, j’ai un abonnement Bic Camera (l’équivalent de Darty chez nous) sur le réseau Docomo. Je paye 1700 yens tous les mois pour 3giga data. Par contre je n’ai pas d’appels dans mon forfait donc je passe par Line (application locale de type WhatsApp) pour appeler.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans la vie à Tokyo ?

Je crois que c’est la joie que me procure le fait de marcher dans les rues calmes de Tokyo. Je trouve qu’il y fait bon vivre, la température est agréable, le soleil brille souvent, ça influe de manière positive sur mon moral, je suis heureux. Puis il n’y a pas de voitures garées, quasiment aucune agression visuelle.

Et qu’est-ce que tu aimes moins ?

Les grandes stations comme Shinjuku et Ikebukuro, c’est trop grand, je me perds, je n’aime pas le métro en général, je ne le prends pas souvent. Aux heures de pointe ces stations sont super bondées, c’est l’image qu’ont les étrangers de Tokyo en général, alors qu’en étant à pied, à vélo ou en prenant le bus on peut tout à fait éviter de vivre ça.

Qu’est-ce que tu penses des Japonais ?

Que leur culture est très éloignée de la nôtre. Ils sont restés enfermés sur leur île pendant des centaines d’années. Depuis 1840, ils se sont peu à peu ouverts, mais ça prend quand même du temps. Ils sont donc à la fois centrés sur le Japon, mais aussi très curieux de connaître ce qui vient de l’extérieur et très influencés par les autres cultures. Ça permet des conversations intéressantes, j’aime bien connaître leur point de vue sur les choses. Après c’est dur de dire « les Japonais », ils sont tous différents. Si on devait garder un trait commun je dirais qu’ils sont gentils (trop ?), très respectueux et que ça les rend parfois durs à cerner.

Si tu avais un lieu à Tokyo à conseiller aux lecteurs du blog, où est-ce que tu les enverrais ?

Je leur dirais de louer un vélo chez Tokyobike, de faire une balade, d’explorer les petites rues de Tokyo, d’aller par exemple, de Nakameguro à Ikejiri, puis d’Ikejiri à Shimokitazawa. Ça leur permettrait de goûter à une vie sans voiture, de rouler sur les trottoirs, de vivre à la tokyoïte quoi !

Un message à faire passer avant de se quitter ?

Arrêtez de regarder les documentaires de propagande extrêmes sur le Japon qui regardent le pays par le petit bout de la lorgnette en mettant le focus sur des exceptions pas du tout représentatives de la vie ici (une certaine forme de sexualité, les jeux-vidéos, les subcultures etc.). Il faut venir visiter Tokyo pour connaître et comprendre vraiment la ville et si possible en compagnie de personnes qui y vivent !

Si vous êtes curieux de connaître le travail de Gaël, vous pouvez aller faire un tour sur le site internet qui lui sert aussi de portfolio : http://www.gaeldelhaye.com/

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